Bonheur formulaire B37 met en scène l’absurdité d’une administration qui prétend mesurer et valider le bonheur. Un poème ironique sur nos normes et nos procédures.
Rien à déclarer ?
Cinquante places et les guichets en face.
Aucune ligne au sol, rien qui sépare.
Les gens ne se parlent pas entre eux :
ils écoutent ce qui se dit aux guichets.
Tous ont un dossier sous le bras.
Certains relisent leurs papiers.
D’autres évaluent celui du voisin :
combien de temps au guichet ?
Ne rien oublier.
Sinon, il faudra revenir.
Après une heure, son numéro s’affiche.
Il s’avance, les mains vides.
— Bonjour, je viens déclarer mon bonheur.
— Bien sûr. Avez-vous rempli le formulaire B37 ?
— Formulaire ? Pourquoi faire ? C’est mon bonheur.
— Vous devez le prouver.
— Je l’ai construit moi-même.
— Bien. Pourquoi êtes-vous heureux ?
— La case est trop petite pour expliquer.
— Donc vous n’êtes pas heureux.
Il repart sans papier.
Derrière lui, un homme brandit le sien.
Christophe R / Ecrivain77